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INTERVIEW : Tom Neptunes (Mai 2012)


Interview réalisée par Radio Laser lors d'une émission spéciale Trance dans "Clubbing Factory" en Mai 2012 !

http://www.radiolaser.fr

 

Version Audio (cliquez ici)

 

Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Comme promis je suis maintenant avec Tom Neptunes ! Salut Tom. On va parler de "Trance In France", de la Trance en France plus généralement. Mais avant, on va faire un petit zoom sur toi : avant d'être le créateur de cette entreprise tu es surtout un passionné, comment tu t'es pris de passion pour la musique, et plus particulièrement la musique électronique et le deejaying ?

Tom Neptunes : Salut Marcus ! Merci de m'avoir invité dans ton émission. Le chemin a été long avant la création de “Trance In France” effectivement... Pour répondre à ta question, j’ai toujours aimé la musique de manière générale en fait. A 3 ans on me voyait déjà avec un micro, les disques vinyles dans les mains et moi qui les enchainaient à longueur d’après-midi. Ca fait un peu cliché je sais, mais c’est vrai ! Concernant le deejaying c’est arrivé plutôt à l’âge de 13-14 ans en écoutant DJ Abdel, DJ Xela, Cut Killer, tous ces noms là, et donc j’ai commencé aux vinyles en 2002 chez mon cousin qui avait la même passion que moi. On était dans un univers plutôt Hip-Hop. On adorait faire du scratching entre autre. Sinon concernant la musique électronique, j’étais fan de la Dance des années 90 et donc je m’y suis ré-intéressé un peu plus tard après ma période Hip-Hop.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Comment as-tu découvert la Trance ? Qu'est-ce-qui t'as attiré chez elle ?

Tom Neptunes : La Trance j’y goutais depuis déjà très longtemps sans vraiment le savoir. C’est à dire que des titres comme Alice Deejay - Better Off Alone, ou Darude - Sandstorm par exemple, faisaient déjà partis de mes favoris à l’époque. Donc on peut supposer qu'il y avait déjà un réel kiffe pour cette musique. Et puis il y avait cet animateur radio, très charismatique, Morgan Serrano, que j’écoutais il y a pas mal d’années et qui te vendait la Trance comme le meilleur style club du monde. Quand tu l’écoutais parler tu avais des étoiles plein les yeux et envie d’en savoir plus. En plus le nom m’apparaissait mystérieux alors ça m'attirait. Etant curieux de nature et plutôt ouvert d’esprit, j’ai écouté et j’ai trouvé ça vraiment spécial, différent de ce que j’avais l’habitude d’entendre. Cela m’a intrigué. Je ressentais toute cette qualité et cette complexité qui se dégageaient de la Trance, et j’ai continué d’écouter jusqu’à être complètement fan.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : A l'heure actuelle où en es-tu dans ta carrière et tes projets personnels ?

Tom Neptunes : Alors si je devais faire un bilan de mes projets en tant que DJ... Déjà je mixe depuis bientôt 10 ans, dont 6 comme DJ Trance. J’ai fais des promo mixes en 2007 qui ont bien tourné sur les forums Trance étrangers, c’est ce qui a contribué à me faire connaître au début. Et ensuite est venu le temps des premières soirées : des soirées privées, soirées plein air, en bars de nuit, en clubs etc. Et dans des endroits très variés car “Trance In France” et toute la communication qui s’organisait autour, m’ont permis d’avoir pas mal d’opportunités... Ce qui est finalement assez rare quand on vit en France et qu’on mixe de la Trance. J’ai pu faire au moins une fois les quatre coins de la France en gros. Je crois que mes meilleurs souvenirs restent la soirée au Redlight à Paris où il y avait Daniel Wanrooy venu tout droit de Hollande, et Maxime Dangles, une des nouvelles références Techno françaises. Et l’autre soirée qui était aussi très marquante pour moi c’était celle aux Pays-Bas à Oss. C’est un sentiment vraiment particulier de monter jusque là haut pour mixer. C'est bizarre de prendre l'autoroute, faire comme si on allait assister à un grand évènement style "Trance Energy" et que finalement... non... On a dû mal à y croire. Aussi à une autre soirée, j’ai rencontré DJ Dean qui est un DJ très connu en Allemagne. Il a fait les compilations "Tunnel Trance Force". C’est un mec vraiment cool, on a bien discuté et bien rigolé. Pour résumé, cette "carrière" c’est beaucoup de bons souvenirs... Mais aussi des mauvais, ce n'est pas toujours rose, il faut les accepter. Sinon en dehors de l’univers des soirées, j’ai commencé à faire de la production, mais je n’ai pas le même talent pour cela que d'être derrière les platines donc c’est un peu délicat pour parler de sorties de morceaux (rire).



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Pour en revenir à Trance In France, qu'est-ce-qui t'as poussé à te lancer dans ce projet ?

Tom Neptunes : Je pense que c’était une chose importante à faire, compte tenu du fait que ce style manquait vraiment en France. Donc voilà j’ai commencé à en faire la promotion. Et puis ça allait de paire avec mon activité de DJ Trance en fait. C’était aussi une façon de pouvoir m’exprimer plus facilement en soirée et en radio. Je suis convaincu que faire les deux à la fois était nécessaire, si tu veux... Donc j’ai pris l’initiative. Et ensuite, chemin faisant, j’ai reçu pas mal de soutien et il y a des personnes qui ont rejoint le mouvement tout naturellement... Et ça a donné "Trance In France".



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : As-tu rencontré des difficultés particulière lors du lancement ?

Tom Neptunes : Non pas vraiment. Elles sont plutôt arrivées par la suite. En réalité il n’y a pas eu de vrai lancement car c’était un hobby sur Skyblog à l’origine, et qui a évolué. Ca s’appelait Trancemania au tout début. Et progressivement, comme les gens poussaient derrière, ça a été de plus en plus cadré, des concepts sont apparus au fur et à mesure, tout comme les idées, la stratégie etc. Ce n’était pas vraiment destiné à devenir sérieux en fait. Pour ce qui est des difficultés qui sont donc arrivées un peu plus tard avec l’évolution du truc, je pourrai t’en citer plusieurs : d’une part il y avait toute une connaissance du monde de la nuit, de la politique des médias en matière de musique et d’autres choses à acquérir ; on a dû faire face au manque d’ouverture d'esprit des gens, y compris de ceux qui se réclament open sur la musique électronique ; il a fallu rassembler une communauté de plus en plus importante de personnes qui aiment cette musique, mais qui toutefois ont des visions différentes de la Trance, des goûts différents, et il faut composer avec ce public qui est assez hétérogène finalement. Ce qui donne lieu à de véritables casses-têtes pour nous... Aujourd’hui la principale difficulté, je dirai que c’est l’accès aux clubs, avec une certaine crise du clubbing français qui existe et qui persiste.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) :Comment considères-tu l'évolution de "Trance In France" depuis sa création ?

Tom Neptunes : On peut dire qu’il y a eu une sacré évolution quand même. Au début, on était sur Skyblog et il ne se passait pas grand chose, on n’avait aucun poids, aucune influence. Aujourd’hui c’est vraiment différent : on a un site pro, c’est devenu une marque, c’est devenu une entreprise avec un numéro SIRET etc. On réunit une communauté Trance de plus en plus importante, on peut dire que c’est la plus grande de France et c’est loin d’être fini à mon avis. Il y a de plus en plus de gens qui ne connaissaient pas la Trance, qui ont appris à la connaître avec nous... Notre Podcast "Trance In France Show", qui a bientôt 5 ans, est diffusé sur pratiquement 20 radios dans 10 pays différents, notamment sur le stream Underground d’une radio nationale française (FG DJ Radio). On comptabilise 30 000 téléchargements légaux par mois environ. On est souvent en haut des classements sur "Itunes France". On accueille des gens comme Paul Van Dyk, Above & Beyond, Ferry Corsten, Dash Berlin, Cosmic Gate et bien d’autres en Guest DJ, qui font partis des meilleurs DJs de la planète. D’un autre côté, on a été impliqué dans de nombreuses soirées en France : par exemple au Queen Club à Paris sur les Champs Elysées, où on était en partenariat pour Tiësto, Paul Oakenfold, Markus Schulz, Andy Moor... On a également travaillé sur la soirée de Armin Van Buuren au Palais Club à Cannes, sur la Croisette. Sans oublier l’évènement “Inox Park Paris” où on est déterminé à jouer un rôle à l’avenir. On a également participé à la compilation “Trance 2010“ sortie chez Wagram Music. Donc notre logo a été vu dans tous les principaux réseaux de distribution en France comme Carrefour, la FNAC etc etc... C’est vraiment une fierté. Maintenant je pense qu’il faut relativiser, le combat pour le développement de la Trance en France est loin d’être terminé, il y a encore beaucoup à faire pour la retrouver nettement plus souvent en soirée mais aussi dans nos médias français.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : En ce qui concerne maintenant la musique Trance en elle-même, comment la conçois-tu personnellement ?

Tom Neptunes : Je dirais que la Trance c’est une musique qui est vraiment magique, parce que tout est fait pour faire ressentir quelque chose de particulier à l’auditeur. On peut dire que c’est vraiment une musique de sensation. En comparaison à la House Music qui est terre à terre, plus concrète dans sa construction, la Trance est plus évasive, elle a une dimension beaucoup plus spirituelle. C’est à dire qu’elle fait appel à ton esprit, à ton vécu, ça a la volonté de t’arracher en quelque sorte de la réalité, de te donner une sensation de liberté, ça te fait réfléchir à des moments heureux de ta vie, ça peut te rendre nostalgique, mélancolique... C’est réellement intense en sensation quand tu sais décrypter le message qui se cache en chaque morceau. La Trance c’est un style qui porte des valeurs très saines, très nobles, comme la paix, l’amour, le rassemblement, la liberté notamment. Je pense qu’il ne faut pas oublier aussi que c’est un style qui est apparu en Allemagne à peu près au même moment que la chute du Mur de Berlin, qui est un symbole historique très important dans le monde. Et la Trance est très influencée par ce qui se dégage de ce symbole historique selon moi.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Est-ce-qu'on peut parler d'un concept musical à part ?

Tom Neptunes : Oui je trouve ! Cela se ressent encore plus quand on écoute un mix qui dure une heure ou deux. Un bon DJ Trance va chercher à rentrer dans la psychologie de son auditeur pour créer chez lui une forme d'adrénaline qui va monter crescendo au fil des morceaux que ce DJ va jouer, et cela jusqu’à lui faire atteindre un certain degré d’extase (rire). C’est un peu une approche similaire à l’acte amoureux en fait (rire) ! Maintenant je ne pense pas que l’on ait forcément besoin de saisir le concept au sens strict pour apprécier la Trance. Il existe plusieurs sous-styles de Trance, il y a des morceaux qui sonnent assez Pop donc après c’est un concept qui n’est pas toujours complètement respecté en totalité. A chacun de découvrir et de se faire sa propre opinion sur ce qu’il préfère, sur ce à quoi il est réceptif dans ce style. C’est vraiment une question de feeling après.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Comment expliques-tu le fait que les radios ont du mal à intégrer ce style dans leurs playlists ? Est-ce-qu'on peut parler de prise de risque ?

Tom Neptunes : Les radios au format plutôt Dancefloor auront toujours tendance à mettre les titres qui fédéreront le plus d’auditeurs et en misant, en premier lieu, sur les artistes que je qualifie de valeur sûre en France. C’est à dire qui ont une importante notoriété déjà ici. Quand on sait que la Trance n’a, jusqu’alors, jamais fais partie de la culture française en matière de musique électronique, et bien c’est difficile à caser pour un responsable de programmation effectivement. Selon moi, c’est le résultat d’une politique musicale en France qui a mis de côté la Trance pendant des années tandis que le style explosait médiatiquement partout ailleurs. Nous, on a eu une orientation plus House avec les français David Guetta, Martin Solveig, Bob Sinclar etc. Et même Techno... Je pense que l’on a cherché pendant de nombreuses années à protéger ces noms là, à les starifier ! La France a trouvé son créneau avec ces DJs là et tout le reste a suivi. Donc on ne nous a pas vraiment parlé des icônes Trance qui remplissent pourtant des stades entiers parfois.



Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Que conseillerais-tu à quelqu'un qui ne connait absolument pas la Trance et qui souhaite découvrir ?

Tom Neptunes : Je pense qu’il peut visiter "Trance In France" (rire). Il y a des podcasts, des lives de soirées, des vidéos reportages, des clips, un top 10 des meilleurs titres du mois, la présentation de nombreux DJs, il y a de l’actu, et bien d’autres choses... Je trouve que "Trance In France" peut donc donner une bonne base à celui qui a envie de découvrir la Trance. Et après chacun peut approfondir comme il veut...

 

Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) : Quel est l'avenir de la Trance d'après toi ?

Tom Neptunes : La Trance a encore de belles années à vivre. Elle ne disparaitra jamais. Elle sera toujours amenée à évoluer comme elle l’a toujours fait. La Trance a prouvé qu’elle pouvait être sur le devant de la scène et elle aura toujours la possibilité de l’être tant qu’elle évoluera avec la musique de manière générale. Pour certains, une partie de la Trance pourrait déjà correspondre à la Pop du futur. Ma foi, cela pourrait être crédible, qui sait vraiment à quoi ressemblera notre paysage musical dans 10 ou 15 ans...

 

Marcus (Clubbing Factory - Radio Laser) :Pour finir, quels sont les projets à venir de "Trance In France" ?

Tom Neptunes : Sans vouloir trop m’étaler sur le sujet parce que j’ai envie de garder tout ça un peu secret, les objectifs vont être d’augmenter le nombre de soirées avec des Guests Internationaux, et pouvoir donner la possibilité aux DJs français d’y mixer. Je crois que c’est très important et c’est ce que les gens attendent en priorité. Ensuite, je dirais développer toujours plus la diffusion de "Trance In France Show" en radio, et aussi convaincre les radios de diffuser des Hits Trance. Après ce ne sont pas les seuls projets, il y en a bien d’autres mais je ne peux pas encore vraiment en parler.

 

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